ALAIN MACE - Guingamp. A 180 ans, Marie-Louise Mathias est descendue de son clocher

ALAIN MACE - Guingamp. A 180 ans, Marie-Louise Mathias est descendue de son clocher

Il aura fallu plusieurs heures aux employés de l'entreprise Macé pour descendre Marie-Louise Mathias, pesant plus d'une tonne et demie, de la chambre des cloches en haut de la basilique - Photo Ouest France

L'opération n'était pas aisée : la cloche n° 2 de la basilique a été descendue hier. Avant d'être transférée à Villedieu-les-Poêles où elle va retrouver son timbre et son lustre d'antan.

Insolite

Elle n'était pas sortie de sa chambre des cloches, aménagée dans les étages supérieurs de la basilique, depuis 1835... Marie-Louise Mathias, plus communément baptisée cloche n° 2, est descendue, non sans mal, de son dortoir, jeudi. La vieille dame de plus d'une tonne et demie souffre, depuis quelque temps déjà, d'une perte inquiétante de poids. Son battant d'un quintal, au gré des volées, a quelque peu amoindri sa robe d'airain, l'alliage de cuivre et d'étain dans lequel elle a été fondue.

« L'épaisseur de la robe, qui avoisine les 12 cm, a perdu 10 % au moins de matière aux endroits où cogne le battant, explique Franck Perrin-Moren de l'entreprise Alain Macé de Trégueux, spécialisée notamment dans le domaine de la campanologie. À ce stade, une intervention est indispensable, avant une probable fêlure qui, elle, serait irrémédiable... »

Visible par tous à son retour

Une opération quelque peu délicate qui a demandé plusieurs jours de préparation avant la descente de la cloche à proprement parler. Car, blottie à plus de 35 m de hauteur, Marie-Louise Mathias se trouvait logée juste au-dessus de ses congénères ; ce qui a quelque peu compliqué la besogne des trois ouvriers.

« Le plus difficile a été de la faire pivoter pour éviter qu'elle ne heurte la cloche du dessous, commente le responsable. Puis, il a fallu enlever les planchers pour amorcer sa descente près des fonts baptismaux. »

Un hélitreuillage sans hélicoptère... effectué au centimètre près pour réceptionner celle qui chante le Do dièse sur la terre ferme, par un trio expert en la matière.

Accueillie au coeur de la basilique par des spectateurs épatés, elle sera ce vendredi matin acheminée vers Villedieu-les-Poêles.

Dans les ateliers de la célèbre fonderie normande, elle bénéficiera d'un traitement de faveur. Après avoir été chauffée, sa robe sera restaurée. « Les ouvriers vont rajouter de la matière pour colmater l'usure, annonce Franck Perrin-Moren. Puis, viendra le temps du refroidissement indispensable pour durcir sa carapace. Sans compter que le fondeur devra s'assurer qu'elle chante juste ! » Une cure de jouvence qui se terminera par la pose d'une belle patine brune.

Une intervention de 17 900 € TTC, intégralement prise en charge par la ville. « C'est un moindre mal, sourit Philippe Le Goff, le maire. Son remplacement pur et simple nous aurait coûté plus de 35 000 €. » Un traitement qui devrait prendre un bon mois, avant le retour de Marie-Louise Mathias à la maison. « Elle devrait nous revenir en novembre, commentent Philippe Le Goff et Mona Braz, adjointe en charge du patrimoine. Et pourra être admirée par le public pendant une à deux semaines, avant qu'elle ne regagne sa chambre, aux côtés de ses quatre collègues... »

Un retour attendu de pied ferme, car en son absence, la volée n'officiera plus... Une volée qui se doit de donner le La des fêtes de fin d'année.

Source: Ouest France

Octobre 2015