Chrétien: Fléville-devant-Nancy : ils aiment faire sonner les cloches

Chrétien: Fléville-devant-Nancy : ils aiment faire sonner les cloches

Christophe Millot arrime la grosse cloche à son palan pour la hisser. Photo L'Est Républicain

Christophe Millot travaille joue contre joug. « Nous devons changer les jougs de deux des trois cloches de l’église de Leintrey », explique cet ancien mécanicien que l’idée de prendre de la hauteur a, un jour, séduit. « La mécanique est moins intéressante de nos jours. On ne démonte plus, on ne répare plus, on change. Et le reste, ce sont des machines. Quand un ami m’a proposé de devenir campaniste, j’ai dit d’accord, je fais un essai. » Pendant ses vacances. Ça lui a plu. Aujourd’hui, c’est lui l’ancien, chez le campaniste François-Chrétien, qui vient de déménager de Vandœuvre à Fléville. « Nous ne sommes que trois, la fille de Denis Chrétien, le frère du fondateur François Chrétien, Mathieu et moi. »

Mathieu Virbel est le petit dernier, arrivé il y a un an, ancien électromécanicien. « Travail trop instable, on ne savait jamais où on irait travailler le lendemain », dit le garçon, qui ignorait jusqu’à l’existence du métier de campaniste. Aucun regret d’avoir changé de métier. « Tous les clochers sont différents ! »

Leur travail ? Les cloches ! « Il faut savoir un peu tout faire. On est surtout mécanicien et électricien, charpentier aussi. »

Rare métier. « Nous ne sommes que trois ou quatre dans la région. » La petite entreprise ne fond, ni ne soigne les cloches elles-mêmes. « Il n’y a plus que deux fondeurs en France. Nous installons leurs cloches. Nous les leur apportons quand elles sont fêlées mais réparables. »

La difficulté se trouve dans l’encombrement. Il arrive qu’elles aient été installées avant la pose de la toiture du clocher. « Parfois, il faut soulever le toit avec une grue pour pouvoir sortir les cloches. »

A Leintrey, l’église est presque neuve, reconstruite après la Première Guerre mondiale, qui a ruiné le village. Leintrey était sur la ligne de front. En témoignent les fameux entonnoirs vestiges des sapes des tranchées amies ou ennemies, rendues célèbres par le récit de Roland Dorgelès.

En 1924

Les cloches couronnaient la reconstruction et ont été installées en 1924. « Voyez, elles ont été fondues à Robécourt, dans les Vosges, chez Farnier, un grand fondeur lorrain de l’époque. »

Le travail du jour consiste à changer les « jougs » de deux cloches sur les trois du clocher. C’est une pièce en bois et métal qui arrime la cloche sur son axe reposant sur la charpente métallique, maintenue de champ par des brides métalliques. L’axe repose sur des paliers, munis de roulements à bille permettant l’oscillation. Dans les églises plus anciennes, qui sont la majorité, pas de roulements, mais une crémaillère à trois dents, Des pièces d’usure. « Au début, c’était même des grains d’orge. »

L’opération à Leintrey était assez simple. On démonte ce qui gêne le levage, on arrime la cloche à un palan, on lève, puis on repose la cloche sur un bastaing, pour procéder au changement de joug. Un jour de travail par cloche. « Souvent, on refait les mécanismes, ou la partie électrique. La plupart du temps, on a des contrats de maintenance avec les communes. Cela permet de prévoir, quand on vient graisser les filets, une fois par an, les réparations plus lourdes. »

Parfois, pas besoin de s’occuper de mécanique sur « l’automate ». « En Meuse, il y a encore deux églises où on sonne à la volée en actionnant des cordes, à Liouville et Saint-Aignan. A Marbotte, seul le tintement est électrifié. » Le tintement, c’est un marteau qui vient frapper le bord de la cloche et sonne généralement les heures. Toujours électrifié et demandant très peu d’énergie. La cloche ne bouge, pour sonner « à la volée », que pour les mariages, baptêmes, enterrements, fêtes et tocsin.

« Evidemment, on coupe l’électricité avant d’intervenir, sinon bonjour les oreilles ! » Un des deux compagnons l’a oublié un jour et ses oreilles ont tinté…

Les inconvénients du métier ? « Les déjections de pigeons, quand les grillages ne sont pas étanches. Mais on s’occupe aussi de les refaire. » Et, bien sûr, regarder où on pose les pieds… et les pièces démontées. Car si les cloches ont des ailes, surtout à Pâques, ce n’est pas vrai des hommes que nous sommes.

Source: L'Est Républicain

Mars 2016