Lussault à Roussay : La vénérable horloge porte beau ses 130 ans

Lussault à Roussay : La vénérable horloge porte beau ses 130 ans

La vénérable horloge porte beau ses 130 ans Photo Ouest France

D'un modèle unique, la vieille dame égrène le temps du haut de son clocher. Depuis plus d'un siècle, ses heures rythment la vie des Roussayais.

L'histoire

En 1805, dans le premier compte rendu d'un conseil municipal de Roussay, il est question « de procurer pour l'aisance de tous les habitants un horloge (à noter le masculin du terme) ». Le rapport du deuxième conseil est sur le même sujet, mais détaille que « ledit horloge aura deux cadrans qui seront placés dans la tour du clocher par moi dit Gérard (horloger à La Bruffière, en Vendée) ».

Cette première horloge a été remplacée en 1934. Pour lui succéder, on fit confiance à une belle mécanique. Un modèle datant de 1885, sorti des ateliers vendéens Lussault, de Tiffauges. Installé au Croisic (Loire-Atlantique), il fut donc racheté d'occasion par la commune de Roussay.

Mécanismes rares

Entièrement remis en état, avec l'achat de deux cadrans d'émail sur fond de bois, l'appareil offre une pendule extérieure au diamètre respectable d'un mètre trente. Le remontage est alors manuel. Sa pose, à la base du clocher de l'église Saint-Pierre, se déroula entre le 15 et le 18 octobre 1934.

En septembre 1966 sonne l'heure de la modernité. L'horloge retourne donc une nouvelle fois aux ateliers Lussault, pour une révision de ses engrenages. On en profite pour doter le mécanisme d'un dispositif de remontage électrique automatique. Actionné par un petit moteur, il possède à l'époque une batterie en cas de panne de courant. De quoi maintenir le service une vingtaine d'heures. En cas de coupure prolongée, reste toujours la possibilité de remonter les poids à la main.

Au-delà de son âge et des adaptations qui la font traverser le temps, cette horloge est remarquable par deux atouts techniques. D'une part un balancier de compensation où, par l'utilisation de métaux différents, un support annule les dilatations thermiques. Car, pour battre régulièrement, le balancier d'une horloge doit conserver une longueur constante à toute température.

Les spécialistes de la mesure du temps apprécieront d'autre part le remontoir d'égalité. Ce dispositif permet de réguler le couple transmis. Il semble alors qu'il s'agit bien d'un exemplaire unique de ce type de mécanisme de précision. « Dans le Maine-et-Loire, aucune mécanique semblable n'a été inventoriée », signalait Denis Fort, de la société Lussault. Il a fourni des informations essentielles pour la connaissance de ce procédé, lors de ses interventions dans le clocher. Campaniste pendant 40 ans chez Lussault, il vient de prendre sa retraite.

Entretien minutieux

Alexandre Boisseau, son collègue, est venu le 14 janvier dernier pour l'entretien annuel. Il confirme : « Pour moi aussi, ce modèle me semble unique. Il existe d'autres modèles d'horloge Pellerin datant de cette époque, voire antérieurs, comme à l'abbaye de Nieul-sur-l'Autize, en Vendée, que j'ai restaurée, mais sans le remontoir d'égalité et le balancier à compensation. »

La vieille dame continue d'être soigneusement bichonnée. En 2014, Alexandre a notamment changé la chaîne à rouleaux, et fait la réfection des axes des poulies du poids de sonnerie. Sans oublier de remplacer le fils de tirage de la martellerie. La voilà repartie pour continuer à accompagner la vie de nombreuses générations de Roussayais.

Ouest France

Mai 2016