Prêtre et fils : l'heure de retour au clocher de l'église

Prêtre et fils : l'heure de retour au clocher de l'église

Il est désormais de nouveau possible de lire l’heure au clocher de l’ancienne église du Noirmont.

Cadrans et aiguilles, qui ont été refaits à l’identique par l’entreprise Prêtre et fils, installée à Mamirolle, près de Besançon, celle-là même qui avait installé l’horloge d’origine en 1891, ont retrouvé leur place sur le clocher la semaine dernière.

L’ancienne horloge prendra quant à elle le chemin du Musée de la boîte de montre, au Noirmont. Cela faisait depuis 1969, lorsque l’ancienne église du Noirmont a été désaffectée et abandonnée au profit de la nouvelle, que les cadrans de l’horloge ne donnaient plus l’heure. Une situation qui peinait les autorités communales, et notamment le maire Jacques Bassang. Celles-ci, profitant du fait que la Fondation Surla-Velle, propriétaire des lieux, avaient prévu la réfection de la façade ouest, lui ont donc demandé de prévoir une réfection des horloges à cette occasion. Pour ce faire, la Fondation s’est adressée à la société Prêtre et fils, celle-là même qui avait installé l’horloge d’origine, en 1891.

Une des dernières dans le métier

Cette entreprise familiale, spécialisée dans l’horlogerie monumentale et les équipements campanaires, est l’une des dernières à exercer son art dans le Jura français: «La région était le berceau de l’horlogerie monumentale d’édifice, et avant la guerre de 14, il y avait encore une vingtaine de fabricants dans la région», raconte Christian Prêtre, mais elles ont quasiment toutes disparu après la guerre, avec l’apparition des horloges électriques. Nous devons notre survie à la diversification de nos activités.» Christian Prêtre a repris l’entreprise familiale, actuellement dirigée par son fils Nicolas, en 1982: «Avec mon fils, c’est la septième génération de Prêtre qui est aux commandes. On retrouve des traces de notre famille à Boncourt vers 1560. Elle s’est ensuite déplacée en France, après la guerre de Trente Ans, quand de nombreux Suisses ont repeuplé la Franche-Comté.» À la fin du XVIIIe siècle, Théophile Prêtre, agriculteur et horloger occasionnel, fabrique quelques horloges semblables à celle installée dans le clocher de son village. Lucien et César, ses deux fils, transforment cet ouvrage hivernal en occupation permanente dans leur atelier situé au Narbief puis au Bizot, dans le Doubs. L’activité s’accroît et les nouvelles machines nécessitent le recours à une force motrice conséquente. C’est pourquoi la fabrique déménage, en 1854, sur la rive droite du Dessoubre, au village de Rosureux. Ce déplacement annonce le nouveau statut de l’entreprise, sous la raison sociale «Prêtre et fils». Quatre à cinq ouvriers et un menuisier viennent étoffer une main d’oeuvre jusqu’à présent familiale.

Une renommée mondiale

La maison connaît une nouvelle phase de prospérité sous la direction d’Asther Prêtre, qui dépose plusieurs brevets d’horlogerie et de mécanique, récompensés dans la plupart des grands concours industriels, notamment à l’Exposition universelle se tenant à Paris en 1900. La manufacture acquiert une renommée mondiale et les commandes affluent de la France entière, tandis que quelques horloges partent en Espagne, en Tunisie et au Brésil et quelques centaines en Suisse. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Asther Prêtre a vendu plus d’horloges d’édifices en Suisse qu’en France, du fait de la rareté des fabricants helvétiques. À cette époque, les Prêtre emploient jusqu’à 40 salariés. Après le décès d’Asther, avant l’Armistice de 1918, ses fils reprennent le flambeau. Actuellement, la société, bien qu’active dans des domaines aussi divers que l’installation de paratonnerres ou l’horlogerie mécanique, électromécanique ou électronique, tire l’essentiel de ses revenus de travaux de restauration, dont certains de grande ampleur. Elle compte ainsi à son actif la remise en état de l’horloge astrolabique de la cathédrale de Chartres, la plus ancienne de France, ou celle de l’horloge du Grand Palais, à Paris. Dans ce contexte, les travaux du Noirmont font bien entendu figure de nain, et n’ont demandé que quelques heures de travail. Les quatre cadrans installés la semaine dernière sont identiques aux anciens, mais faits d’un composite d’aluminium moderne et résistant. Ils sont dirigés par une horloge électronique radiosynchronisée, qui a, selon Christian Prêtre, «la précision des horloges atomiques, puisqu’elle ne varie pas de plus d’un 500 000 ème de seconde par an». Sûr qu’avec ça, les habitants du Noirmont n’auront plus aucune excuse pour arriver en retard!

Juin 2016