Carillon de Notre-Dame de la Platé, une merveille de l’art campanaire.

 Carillon de Notre-Dame de la Platé, une merveille de l’art campanaire.

La tradition des carillonneurs se perpétue. Photo Le Tarn Libre

Le campaniste LAUMAILLÉ en partenariat avec la fonderie Cornille Havard ont complétés le carillon de ND de la Platé qui va être inauguré cette fin de semaine, grâce au travail remarquable de l’association « Carillon en Pays d’Oc »

Les 34 cloches du carillon de l’église de Notre-Dame de la Platé à Castres n’ont jamais cessé de sonner depuis la construction du carillon en 1847. Une longévité que l’on doit à une lignée de carillonneurs passionnés comme Jean-Pierre Carme, à l’instrument depuis 1970, et ses collègues qui font vivre une tradition multiséculaire.

«Je m’appelle Emilie et je chante pour la paix.» Le message est gravé sur la dernière cloche installée sur le clocher de Notre-Dame de la Platé en 2016 par les campanistes de l’entreprise Bodet. Ce chef d’œuvre de 450 kg, conçu à la fonderie Paccard d’Annecy, a été baptisé du prénom de la fondatrice de la congrégation des sœurs de l’Immaculée conception (Emilie de Villeneuve), canonisée par le pape François en 2015. Elle enrichit le registre du Carillon, faisant par là-même le bonheur de Jean-Pierre Carme et son collègue Jérôme Boutié, les carillonneurs en poste. Pour que leur bonheur soit complet, il faudrait rajouter deux nouvelles cloches qui permettraient de compléter les trois octaves de l’instrument. Jean-Pierre Carme et son collègue ne désespèrent pas et attendent avec impatience le jour où ils pourront exploiter complètement le potentiel de l’instrument dans l’église chère au cœur des Castraises et des Castrais. «Jouer du carillon cela se mérite,» aime à rappeler Jean Pierre Carme aux visiteurs. Un mérite alimenté depuis 47 ans de sa passion et l’ascension des 120 marches pour accéder à l’instrument. «Avant que j’arrive au carillon, le répertoire de celui-ci était essentiellement liturgique. A partir de 1970, j’ai élargi petit à petit le répertoire à des œuvres classiques, des morceaux de musique traditionnelle… Bien entendu, nous sommes dans une église, il faut respecter le lieu. ”

“Mais un 14 juillet, j’ai joué la Marseillaise,» indique Jean-Pierre Carme. Ici la fée électricité a été bannie du clocher. C’est à la main et à la corde qu’on sonne les cloches et on joue du carillon manuellement. Jean Pierre Carme le revendique lui qui a sonné pendant 30 ans l’Angélus. «C’est François Maffre, le carillonneur qui a succédé à Georges Benne qui m’a tout appris. Quand j’étais gamin, j’entendais ce carillon mais il nous était inaccessible pour des raisons de sécurité. Un jour, avec des copains, nous avons réussi à accéder au clocher et à voir le clavier. L’instrument m’avait intrigué. Quand François Maffre m’a proposé de jouer du carillon j’ai accepté et je me suis tout de suite passionné pour l’instrument,» se souvient Jean-Pierre Carme. Sa vocation s’inscrit dans une lignée, celle des carillonneurs qui n’ont cessé de faire sonner les cloches du carillon de Notre Dame de la Platé depuis le premier M Genibret. Jean-Pierre Carme a transmis sa passion à Jérôme Boutié qui joue de l’instrument depuis 2004 et qui lui succèdera peut-être un jour. Le jeune Guy Fructus les a rejoint en 2015, c’est la relève qui pointe le but de son nez. A Castres, le carillon de Notre-Dame de la Platé ne s’est jamais muré dans le silence depuis son installation en 1847. «C’est un fait unique dans le Midi de la France», précise l’association des Carillons en pays d’OC attachée à la promotion de l’art du carillon traditionnel.

De nombreux travaux de maintenance

Pour autant, cette continuité a nécessité de nombreux travaux par les municipalités qui se sont succédées. En 1972, toutes les boiseries du clocher ont été refaites (beffroi, plancher, clavier, abats-sons) ainsi que les jougs des quatre grosses cloches de volée. En 1976, la quasi totalité des cloches ont été refondues et le carillon est passé de 15 à 24 cloches. Les années suivantes, de nouvelles cloches ont été ajoutées, le clavier traditionnel dit «à coups de poing»  et un pédalier neuf ont remplacé les anciens. En comptant «Emilie, le carillon de Notre-Dame de la Platé compte actuellement 34 cloches, dont la Louise, la plus ancienne, qui date de 1650. L’instrument suscite curiosité et envie. En août 2015, le carillon de Notre-Dame de La Platé a accueilli Patrice Latour, le président de la Guilde des carillonneurs de France et une dizaine de stagiaires en formation à Pamiers. Durant l’après-midi, ils ont pu apprécier les qualités sonores de l’instrument. Tous les premiers dimanches de chaque mois, Jean-Pierre Carme et ses collègues font chanter la Louise et ses consœurs à l’occasion d’un concert qui a lieu de 11h à 12h.  

Chaque année du 17 au 23 décembre, le carillon de la Platé résonne de toutes ses cloches tous les soirs à partir de 18h30, durant le Nadalet. En préambule, toutes les cloches sont lancées à la volée et c’est le grand balandran qui dure environ un quart d’heure puis cesse lentement. Seule la grande cloche continue sa volée solitaire, tandis que le carillonneur continue à la balancer à la corde tout en gravissant les marches conduisant au clocher. Arrivé juste sous cette cloche de 600 kg, le carillonneur commence à ralentir la course de l’airain en retenant la corde de façon à ne faire frapper le battant que sur un seul coté du vase sonore et ce 9 fois de suite pour symboliser les 3 fois 3 coups de l’Angélus. Ce n’est qu’après que le carillonneur peut interpréter les chants traditionnels de Noël. A la fin, un vin chaud est offert à tous les auditeurs. Le Nadalet est une tradition méridionale dont Jean-Pierre Carme a retrouvé la trace dans des archives de la fin du XVIème siècle. Le terme Nadalet provient du mot Nadal (qui veut dire Noël en occitan) et qui pourrait être traduit par «Petit Noël». Ce vocable désigne les sonneries de cloches pratiquées chaque année durant les jours précédant la fête de Noël. Il s’agit là d’une coutume fort ancienne. 

Source : Le Tarn Libre.

Septembre 2017