Groupement des Installateurs d'Horlogerie d'Edifices et
d'Equipements Campanaires

Saint-Malo. Quand la cathédrale se fait sonner les cloches

Fonderie Cornille Havard

La jacques Cartier va restée exposée sur la partie gauche de la nef.

   - Photo:Ouest France
La jacques Cartier va restée exposée sur la partie gauche de la nef. Photo: Ouest France

Les quatre cloches de la Cathédrale ont la voix légèrement décalée. En fait, elles ont besoin pour trois d’entre elles d’un remplacement.

Quelque chose… clochait! La « Jacques Cartier » s’est mise à sonner faux pendant un enterrement en 2015. On découvrit avec stupeur qu’une partie de ses anses avait cassé. Si quelqu’un n’avait pas eu l’oreille (en l’occurrence, le conservateur Philippe Petout), cela aurait tourné à la catastrophe quelques jours après, pour Noël. Un petit miracle sans doute.

Les experts nationaux Hervé Gouriou et Eric Brottier sont catégoriques : non seulement les 2,3 t de Jacques Cartier seraient tombés, mais elles auraient probablement entraîné aussi le gros bourdon, nommé Malo, qui se trouve en dessous, et sur les côtés Noguette et Jean de Chatillon. Ils ont entre autres pour mission de superviser l'entretien des 170 000 cloches de France, dont 6 500 classées aux monuments historiques.

Chacune à sa sonorité: do pour J. Cartier ; ré pour Noguette ; et mi-bémol pour Jean de Chatillon. En revanche, le bourdon Malo avait un défaut d’origine car il sonnait un la au lieu de si-bémol. Ces cloches auraient dû pouvoir jouer le Regina Coeli (Reine du ciel) qui est la plus récente des antiennes mariales chantées en latin. Elles le feront sans doute plus tard, si la générosité des donateurs permet de réunir 240 000 € via l’association malouine Campana créée dans ce but, voire d’ajouter une cinquième cloche, plus petite, pour la note fa.

La priorité était bien sûr de sortir Jacques Cartier pour écarter le danger. Pas une mince opération ! Une équipe de la fonderie Havard, de Villedieu les poêles a d’abord mis en place un palan de 5 tonnes pour écarter Malo de l’oculus, à peine assez large pour laisser passer Cartier. Cette dernière était savamment sécurisée par des ancrages autres que ceux d’origine, inutilisables, et il ne fallut qu’une quinzaine de minutes pour la faire descendre au-dessus du transept, sous le regard attentif du Lorta, curé de la cathédrale, et Jean-Michel Pennec, adjoint au patrimoine de la Ville (qui assure la maîtrise d’ouvrage du projet), et d’un public nombreux retenant… religieusement son souffle. L’atterrissage se faisait en douceur et sous les applaudissements, sur un plan incliné pour la transporter à l’aide d’un « diable » (si, si !) jusque sur le côté gauche de la nef, où elle restera exposée, probablement jusque vers Paques 2019. De nouvelles cloches seront alors remises en place. Car il faudra refondre aussi un bourdon qui sonne juste (il a déjà été changé deux fois en 1980 et 1994 depuis l’inauguration de la flèche en 1972!), et Jean de Chatillon. En revanche, Noguette qui a déjà été remplacée une fois en 1989 ne bougera pas.

Elles seront dotées d’un système de balancement plus fiable (ne passant pas par des anses du type de celle qui a cassé) avec un mouvement plus puissant etune meilleure musicalité. « Normalement, si c’est bien fait, cela doit tenir 300 ans dit un des experts, et non pas dix ans. » En fait, ce qui s’est passé à Saint-Malo, c’est que l’ensemble, fondu chez Havard en 1894, après avoir échappé aux destructions de l’intra-muros et de la cathédrale par les bombardements fut remis en place dans un nouveau beffroi avec un défaut de conception de l’installation. (1) 150 adhérents, Avec un accès via « www.fondation-patrimoine.org/55815 ».

Source : Ouest France.

Juillet 2018